Qu’est-ce qui est vraiment important ?

Un ami de quarante-six ans vient de découvrir des tumeurs cancéreuses dans son foie et son colon. Il a trois enfants d’âge scolaire, une épouse, une vie à vivre. On se connaît depuis les études, on a le même âge et une situation familiale similaire : l’identification est facile.

C’est le genre de chose qui remet les priorités à leur place. Qu’est-ce qui est vraiment important ? 

Le monde tourne autour de l’argent, le pouvoir, le statut, les signes de richesse, le travail. Il semble tout entier tourné vers l’extérieur. Pourtant, quand on se replace dans notre réalité de mortels et que depuis cette perspective, on observe ce qui est vraiment important, c’est une tout autre image qui apparaît. L’amour, le partage, la sérénité, la satisfaction, les joies simples, la transmission sont soudain mises en lumière. Tout s’inverse. Le faire et l’avoir cèdent leur place à l’être, la primauté de l’extérieur se transforme en mouvement qui part de l’intérieur. 

C’est exactement ce à quoi nous invite la méditation, autre terme pour le centrage. Cet espace suspendu entre avant et après, libéré de toutes les contraintes et sollicitations de nos vies frénétiques, où on n’a plus rien à penser, rien à faire que respirer et être. Simplement être. 

Quand je regarde mes ados, parfois j’étouffe. J’étouffe de ne jamais ressentir d’espace pour respirer, respirer et être, sans stimulation, information, notification, bruit. Pendant qu’ils sont aux toilettes, ils sont sur leur smartphone. Quand on leur demande de faire la vaisselle, ils diffusent du rap directement dans leurs oreilles. Le silence auditif, visuel, sensoriel n’existe plus. Et quand je regarde autour de moi, ce monde sans pause semble être la nouvelle normalité.

Depuis mon « (r)éveil » à l’aube de la quarantaine, j’observe à quel point le centrage m’est vital. Chaque creux de vie que je traverse – ces instants où la boussole semble perdre son nord, où le sens, la motivation, l’envie se muent en lassitude, frustration, irritabilité ou peur – est corrélé à un décentrage. Ce n’est pas le nord que je perds, mais bien le centre. Je ne crée plus mes espaces de silence, de ressourcement par la nature, j’oublie de prendre le temps pour ce qui est important et m’active dans une énergie lourde. C’est autant effrayant de voir comme le cercle vicieux s’installe et s’autoalimente, qu’édifiant de voir avec quelle facilité le centre est retrouvé pour peu que j’y accorde la priorité.

Qu’est-ce qui est vraiment important pour toi ? Et comment sais-tu que tes actions, ton temps et ton énergie soutiennent ce qui est vraiment important ? 

Si j’écoute mon corps, je sais très vite où je suis. L’alignement avec ce qui est vraiment important se traduit par des sensations de douceur, de paix, de calme, de pétillement, des bouffées de joie, de l’espace à l’intérieur. C’est comme si mon cœur était enveloppé dans une écharpe de soie. Parfois il bat tout tranquillement, parfois il sautille de joie. La lumière est plus intense, le monde s’embellit.

Quand je suis prise dans les gesticulations de mon mental, mon ego ou mes peurs, tout se contracte. La poitrine, le souffle, le ventre, le temps, les possibles. La fluidité joyeuse s’estompe pour laisser place tantôt à une frénésie épuisante, tantôt à un marécage où chaque pas semble un effort. 

Dans un monde qui nous fait croire que ce qui est important n’a rien à voir avec ce qui est vraiment important, le challenge est de s’autoriser, encore et encore, à concentrer notre attention et nos efforts sur l’alignement intérieur et croire en notre centre plus qu’en les mirages qu’on nous sert. Au final, on sera tous d’accord. Ce qui était important, ce n’était pas le titre pompeux ou la dernière Tesla dans le garage. C’était l’amour donné et reçu, la transmission des valeurs et expériences, les joies simples et partagées. Pourquoi s’obstiner à attendre le rappel de notre mortalité pour accorder à l’essentiel sa juste place ?

4 réflexions sur “Qu’est-ce qui est vraiment important ?”

  1. C’est ça, c’est exactement cela.
    Sors de mon corps et de ma tête Joëlle 😉 que je me les réapproprie.
    Je ressens les même brouillages, la frénésie qui fait ensuite place à la procrastination, la tête comme une hélice et l’observation de mon entourage et du monde en général qui me panique.
    Et puis soudain, je reprends le contrôle, je m’accorde le temps de la méditation, même que 5 à 10 minutes, mais effectuée régulièrement, je retrouve mon CENTRE (comme tu l’exprimes si bien), ma tête se repose, mes actions sont justes et précises, je SAIS!
    Merci Joëlle de me faire sentir moins seule :)))

    1. Merci pour ton commentaire Laetitia.
      Crois-moi, tu es loin d’être seule! Je pense que nous sommes même très nombreux, mais tous n’ont pas la chance de réaliser que ce brouillard n’est « que » la perte de notre centre et que nous avons (facilement) la capacité et le pouvoir de le retrouver.

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